T'as rien compris à la vie Bill ! »
Ses mots me faisaient autant souffrir que chacun de ses gestes. Il me méprisait, il me détestait, il me haïssait. Il m'aurait tué sur place s'il pouvait commettre le crime parfait. Il a ramené sa main sur mon front, incertain. Presque comme si je risquais de lui sauter dessus à tout moment. J'aurais peut-être voulu me débattre, lui expliquer, mais je restais là, à ses pieds, à sentir les larmes couler le long de mes joues.
« T'as raison Tom, je n'ai rien compris... »
Mon jumeau a sursauté, surpris que j'ouvre la bouche.
« Tais-toi Bill, je ne veux plus entendre le son de ta voix ! »
Scellant mes lèvres, je savourais ce silence qui semblait le rassurer. Ses ongles auraient lacéré mes joues s'ils avaient été plus longs... Mais sentir les mains chaudes de mon homologue sur mon visage me rassurait.
Il pouvait me faire du mal, il pouvait m'humilier, jamais la douceur de sa peau n'échapperait à mes perceptions.
On est restés là quelques instants. Tom ne bougeait pas, moi non plus.
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A ce moment, j'ai tellement peur de toi que ne je pourrais ôter ma main de ton visage. Je ne sais plus de quoi tu es capable. Qu'est-ce que tu me ferais si je te tournais le dos pour te fuir ?
Te fuir toi, et cette profonde peur que tu m'inspires...
Tu sais, celle qui te noue les tripes à tel point que tu te sens figé sur place.
Le contact de ta peau me glace...
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Ta main se languit sur mes joues. Comment résister à pareille caresse quand Dieu semble courroucé contre vous à tel point que plus aucune flamme ne vous habite, que plus aucune douceur ne vous embaume ?
Tes doigts s'enfoncent dans mes pommettes,...
Pourquoi as-tu si peur de moi, petit frère ? Je ne te ferais pas de mal...
Ce que je veux, au fond, c'est juste t'aimer.
Alors cesse de trembler, cesse de me regarder comme un démon. Regarde-moi simplement. Regarde-moi comme tu dois me voir. Soumis à toi, comme à un dieu, comme à un démon, comme à une drogue.
Tu as peur de moi, alors que tu pourrais me mener par le bout du nez...
Tes doigts tremblants descendent sur mon cou. Tu le sais Tom. Tu peux resserrer ton étreinte, tu peux m'achever, je ne te dirai rien. Je te laisserais faire...
Alors pourquoi as-tu peur ? Est-ce mon amour que tu crains ?
J'ouvre lentement les yeux. Tu mordilles tes lèvres. Même dans les pires situations, tu me sembles toujours aussi parfait, toujours aussi gracieux...
Quel Dieu t'as damné de l'Olympe pour que pareille créature sois à mes côtés ?
L'anxiété parcourt tes yeux quand tu remarques que je te fixe.
« Ne me regarde pas comme ça ! »
Tout de moi semble t'importuner. Mes paroles, mes gestes, mes yeux, ma présence...
Mais si tu savais Tom... Si tu savais quelle était cette chaleur qui me parcourt les veines rien que quand je pose mon regard sur toi.
« Baisse les yeux Bill! »
Tu sembles t'affoler, mais je reste calme. Je ne bouge pas, non. Seules mes pupilles retracent les contours de ton visage. Ce simple geste me rend totalement ivre...
Me rappeler la chaleur de ton corps contre le mien, la douceur de tes lèvres, pendues aux miennes. Tous ces mots susurrés à l'oreille. J'en aurais presque cru que tu m'aimais vraiment!
Mais si tout reste une illusion, si les sentiments sont loins d'être véritables, je me sens planer comme quand tes bras resserraient leur étreinte sur mon torse.
« Putain baisse les yeux! »
Je m'exécute. Tu as tellement peur de moi que tu refuses même de me regarder dans les yeux.
C'est peut-être tout ce que tu peux y trouver qui te fait peur, Tom. Mais ce n'est pas parce que tu n'acceptes pas de voir la vérité en face que ma folie va s'envoler.
« Tom, je ne te toucherai pas...
-Tais-toi!
-Laisse-moi m'exprimer, je ne peux pas te regarder, je ne peux pas te parler, comment est-ce que tu veux que je communique ?
-Je n'ai pas besoin de communiquer avec toi !
-Moi si... »
La rage te monte au ventre. L'atmosphère se tend...
« Bill si tu ne veux pas que je te démonte, tu te tais. Et tu ne bouges pas tant que les autres ne sont pas revenus!
-Pourquoi tu as peur de moi ?
-Je n 'ai pas peur de toi, de un, et de deux, ta gueule. »
Le son de ta voix hausse, tes ongles se resserrent sur mon cou...
« Tu me feras quoi si je ne me tais pas ?
-Ta gueule !
-Tu as peur...
-Non !
-Alors pourquoi je devrais me taire ? »
Silence...
Il me fixe méchamment ! En s'apprêtant à reprendre ma main, il approche son visage du mien.
« Tu as une langue de vipère, des gestes déplacés, un caractère effronté...
Alors si tu veux mon avis, je ne serais pas fier de ce que tu as fait. Donc, je te conseille de la fermer.
-Je ne suis pas convaincu... »
Ta main caresse presque la mienne. Je sais ce que tu as en tête...
Je suis peut-être totalement mazo, mais je continuerais à parler juste pour pouvoir sentir ta main continuer à glisser contre la mienne!
« Et par-dessus tout, je refuse que quelqu'un qui m'a manqué totalement de respect ose encore m'admirer comme tu le fais ! Tu me dégoûtes Bill, tu me dégoûtes... »
Ton souffle chaud et agressif parcourt mon visage.
J'aime te sentir si près de moi, même si ce qui m'attend par la suite sera douloureux.
« Alors déteste-moi de tout ton c½ur, de tout ton corps... »
Sa voix devient presque apaisante.
« Je le ferai, tu sais. Maintenant, tu as le choix. Je peux te faire souffrir corps et âme si tu refuses de te taire, ou épargner ton corps.
-Epargne mon âme... »
Je ferme les yeux, abandonné à son bon vouloir.
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Tu sembles absent derrière tes paupières closes. Je retiens mon souffle pour éviter de laisser ma peur me trahir. Je suis si proche de toi que je peux sentir l'air que tu respires parcourir mes joues.
Tu es tellement calme que ça ne m'étonnerait pas que tu prépares un mauvais coup.
Je recule un peu...
« Et pourquoi je te ferais cette grâce Bill ? Ma conscience à moi, tu crois peut-être l'avoir épargnée ?
-Je suis désolé Tom.
-C'est ironique ça ?
-Je suis désolé...
-Désolé? Tu es désolé ?
-Je suis désolé !
-Tu n'as que ça à dire ? Désolé ? »
Je sens la colère monter à nouveau en moi...
« Je ne te dirai pas tout ce que je pense de toi Tom !
-Et pourquoi pas ?
-Parce que tu me haïrais encore plus !
-Tu crois que je peux te haïr encore plus qu'en cet instant ?
-Oui... »
J'aurais pu être poussé par la curiosité. J'aurais pu vouloir savoir ce qu'il avait derrière la tête. Oui,j'aurais pu. Mais quelque chose me disait que qu'il valait mieux ne pas s'aventurer trop loin derrière les barrières du silence.
J'ai lâché sa main.
« Alors évite de me faire du mal Bill, et tais-toi pour de bon ! Moi j'aurai déjà assez de souffrance à ruminer sans ta présence, alors je te prierai de ne pas te faire remarquer ! Si tu as quelque chose à dire, dis-le maintenant, sinon, tais-le à jamais. Et tais-toi par la même occasion! »
Il a fait son choix en scellant ses lèvres, derrière un flot de larmes. Georg est revenu à cet instant. Je me suis relevé, rassuré d'avoir enfin enfin quelqu'un d'autre à mes côtés. Je n'étais pas persuadé de pouvoir dormir en paix, je n'espérais pas non plus éviter à jamais ses yeux, ni sa voix. Mais ma naïveté me poussait à garder un espoir: que jamais plus il n'essaierait de me dire qu'il m'aime.
