Mais je ne prête guère attention à tout ce que je ressens autour de moi. Non, tout mon corps est focalisé sur ces pensées noires, noires comme une nuit sans lune. La douleur morale ne fait que grandir, toujours plus, et je ne cherche même pas à atténuer les reproches que j'ai contre Bill.
Cette souffrance, elle m'a foudroyé. Quand j'ai compris en lisant dans le regard de mon homologue qu'il s'était servi de moi, mon c½ur s'est déchiré, laissant s'écouler toute cette haine et cette colère qui s'intensifie encore au fur et à mesure que le temps passe.
J'ai beau parler de mon frère, de Bill, me poser de nombreuses questions, ruminer mon mépris en m'efforçant de penser que je le haïrai à jamais, il y a une autre personne à qui j'en veux vraiment. Je croyais la tenir dans mes bras, je pensais que c'était sincère ce qu'il y avait entre nous, je m'imaginais déjà faire plein de projets avec elle... Mais là, tout s'est effondré, à nouveau, entraînant toute l'estime que je lui portais dans les abysses d'un puits sans fin.
Mon regard parcourt le ciel, je retrouve la constellation de la Grande Ourse.
Je les déteste, je les hais...
Puis, mes pupilles divaguent vers la gauche, admirent un vide dans le ciel étoilé.
Comment je vais faire pour ne plus les croiser ? Pour ne plus me trouver nez à nez avec eux ?
Mes iris balayent l'immensité qui se dresse sur nos têtes.
Est-ce que je dois fuir ? Les affronter ? M'en aller ? Les enfoncer plus bas que terre en avouant tout aux autres ?
La lune disparait derrière un nuage noir...
Je ne comprends pas. Bill m'aime, mais elle aussi non ? Il y a bien quelque chose qui la poussait vers moi ! Elle était là parce que je lui plaisais ! Alors, pourquoi elle s'est laissée avoir par Bill ? Pourquoi a-t-elle accepté d'échanger sa place avec lui ? Pourquoi a-t-elle pris tant de risques ? Il y a bien une raison à ce plan farfelu et complètement tordu ! Mais laquelle ?
Je masse mon ½il douloureux, tente de fermer mes paupières qui n'arrivent plus à se baisser normalement, puis j'appuie sur mon sourcil droit en soupirant .
« Ca ne sert à rien de t'apitoyer sur ça Bill. Un ½il au beurre noir, tu en auras un, quoique tu fasses pour essayer d'arranger le coup.
-Tu as vu comme il m'a frappé ?
-Tu l'as cherché ! »
Je l'ai cherché. Et pourtant je ne voulais pas qu'il le sache. Je m'étais juré que cette fois-ci serait la dernière, il a fallu que tout foire à ce moment là !
« Je l'ai cherché comment ?
-Bill, te fous pas de moi. Déjà, tu t'appropries son corps. Ensuite, tu gaffes. Après, alors qu'il est parti sur une piste plausible et moins trash que la vraie version, tu brouilles ses hypothèses pour le ramener sur la bonne voie. Tu sais, j'aurais pu me faire passer pour une transsexuelle ! Ca aurait peut-être arrangé les choses. Mais non, il a fallu que tu déballes tout ! Et après, tu t'étonnes des conséquences ? Tu te rends compte de la portée de tes actes ? Sur ce coup-ci, tu aurais mieux fait de ne rien dire !
-Je ne supportais plus l'idée de lui cacher ça !
-Et bien tu aurais du !
-De toute façon, peu importe quand, ça aurait fini comme ça !
-Pas si tu m'avais laissé arranger les choses. Tu ne voulais plus le toucher, Bill... Si tu avais continué sur cette voie, ça se serait arrangé ! »
Une moue d'insatisfaction se dessine sur les lèvres d'Hassiba. Elle ne comprend pas. Non, elle ne peut pas comprendre, parce qu'elle n'a pas de jumeau, parce qu'elle ne sait pas ce que c'est de devoir cacher une pareille atrocité à l'être que tu aimes le plus au monde. Elle n'avait personne autour d'elle quand je me suis décidé à lui venir en aide. Elle gardait tout au fond d'elle depuis toujours. Pour elle, c'est facile, pour moi ça l'est beaucoup moins.
Je soupire, repense à la réaction de Tom. Son air bouleversé quand il a compris ce qu'il s'était passé.
Et toute cette haine qu'il m'a jetée à la figure. Ces mots, blessants comme des poignards acérés enfoncés dans ta peau. Ces paroles, violentes, agressives, méprisantes. Comme si toute ta bonté et tous tes actes respectables étaient effacés par cette vérité, à tel point qu'on ne retienne que ça de toi: tu as aimé ton frère d'un amour interdit.
Hassiba se lève, vient s'asseoir à côté de moi. Elle semble inquiète. Je le suis moi aussi.
Elle passe une main sur mon ½il blessé, l'embrasse tendrement, comme le ferait une mère avec son enfant.
« Tu crois qu'il est où Tom?
-Je ne sais pas Bill. Mais laisse-le tranquille. Il a besoin de ça, après la nouvelle qu'il a reçue. Il doit croire que le ciel lui est tombé sur la tête.
-Je ne voulais pas lui faire de mal.
-C'est toujours ce qu'on dit une fois que le mal est fait, mais avant d'exécuter l'erreur qui causera notre échec, on ne réfléchit pas à l'ampleur de celle-ci.
-Il doit tellement m'en vouloir.
-Plus que tu ne l'imagines. Il comptait tellement sur toi. Ca a dû l'anéantir, le détruire...
-Je l'aime.
-Il t'aime lui aussi, mais différemment. Mais ça, tu ne veux pas le percevoir. Il te faut tout ou rien. Tu ne te contentes pas d'une complicité fraternelle, tellement plus bénéfique pour toi.
-Tu es contre moi, toi aussi ?
-Je ne l'aurais pas été autant si tu avais gardé ta langue en me laissant diriger l'affaire.
Mais là, je t'avoue que j'ai eu cette impression que tu voulais lui faire du mal, et te faire du mal par la même occasion. »
Je reste coi. Nos yeux se croisent. Elle n'a aucune arrière pensée, aucune haine. Mais elle a tellement raison. Enfin, presque. Je l'aime, mon Tom, et j'ai voulu me faire du mal pour payer de toute cette souffrance qu'il avait endurée. L'ennui, c'est que je l'ai emmené avec moi dans ma chute .
« Tu dis tout ça alors que tu étais partante pour qu'on fasse ce plan là !
-J'étais d'accord, parce que de un j'avais une dette envers toi, et ensuite parce que tu m'avais persuadé que tu arriverais à tenir ta langue. Sur le dernier point, tu as échoué.
-Et donc tu regrettes ?
-Je commence à regretter, on a pas encore eu Tom sur le dos, ni le groupe, ni la presse, ni la justice. Demain, quand tout commencera à être dévoilé, je regretterai amèrement. Mais c'est trop tard.
-Hassiba, il y a moyen d'éviter ça non ?
-Tu n'arriveras pas à t'opposer à la volonté de Tom, surtout que c'est maintenant lui qui a les commandes en mains, et que tu lui a fait beaucoup de mal. »
Mais qu'est-ce qu'on va faire ? Je ferme les yeux, essaye d'imaginer un plan aussi tordu que le premier pour nous sortir de cette galère dans laquelle je nous ai fourrés .J'ai bien peur que ce coup-ci, tout soit vraiment perdu.
« Tu crois qu'il va en parler ?
-S'il n'en parle pas de lui-même, on va lui arracher les vers du nez .Tom ne sera pas bien, toi non plus. Imagine la prochaine fois que vous devrez monter sur scène... Tout le monde se rendra compte que quelque chose cloche entre vous. Certaines personnes passeront au-dessus, se diront que c'est une dispute de jumeaux habituelle. Mais en voyant le temps passer et la situation s'aggraver de jour en jour, ils chercheront à savoir ce qui se passe vraiment. Si Tom tient le coup, il ne dira rien au début. Mais il n'arrivera pas à garder ça éternellement pour lui. Un jour, il le dévoilera. Et là, ce sera la fin Bill. La fin. De votre bonheur, de votre histoire, de votre succès. La fin du groupe.
-Il faudrait pour cela qu'on remonte sur scène...
-Vous le ferez, parce que vous n'aurez plus que ça ! Que ce sera la seule chose à laquelle vous pourrez vous raccrocher pour oublier un instant cette haine, ce désespoir. La musique. Votre seule échappatoire.
-Je suis sûr que ça peut se passer autrement, qu'il y a moyen de sauver quelque chose !
-Si tu y arrivais, tu m'épaterais tu sais.
-Peut-être qu'en en parlant à Gustav et Georg...
-Non! »
Elle hurle presque. Je me saisis. Mes épaules se relèvent, mes bras se raidissent...
« Et pourquoi pas ?
-Georg et Gustav ne sont pas les personnes appropriées . S'ils savent ce qui se passe à l'intérieur du groupe, crois-moi, ils vont déguerpir en courant et ordonner la dissolution du groupe avant que l'affaire n'éclate au grand jour.
-Mais alors à qui je pourrais en parler ?
-Personne Bill, personne... Tu dois garder ça pour toi, et faire en sorte que Tom ne dise rien. Car dès qu'un seul mot à ce sujet sera lâché, ce sera la fin. Maintenant, Tom en parlera, c'est bien là qu'est le problème.
-Et s'il t'en parle à toi ?
-Je doute qu'il le fasse . Je suis dans le coup, moi aussi, il ne me fra pas vraiment confiance . »
Bill semble perdu. On dirait qu'il vient seulement de comprendre l'ampleur des dégâts que pouvaient avoir ses gestes. Il masse à nouveau son ½il, laisse les larmes couler... Elles se mélangent au sang avant de dévaler ses joues, son menton, son cou.
De mon côté, je sens petit à petit mes muscles se crisper, mes membres se raidir. Ca fait déjà une bonne vingtaine de minutes que je tente de garder mon calme pour le rassurer. Mais au fond de moi, je lutte contre ce manque permanent, je lutte pour ne pas montrer que je suis aussi faible que lui.
En serrant mon poignet, je ferme les yeux, puis soupire.
« Bill, donne-moi ma dose... »
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Et oui, on commence l'année avec de bonnes résolutions! Merci pour vos commentaires =D! Ca remonte à si longtemps les derniers! ^^
Sinon, on vous souhaite une nouvelle année pleine d'amour, de succès, de réussite ! Que cette année soit encore plus belle que la précédente...:)
Bonne année 2009 à tous!!
Sokaia et Fée Néante
►Catwoman: Non, la pix ne vient pas de 1000Meere...
C'est une bête photo de concert vachement retouchée ! Contente qu'elle te plaise, elle m'a donné du fil à retordre!
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