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Chapitre 38

• Chapitre 38 •
Vendu... Je me suis vendu.
Lentem
ent, je me décolle de Tom. Ses yeux interrogateurs ne se sont pas encore posés sur moi, mais déjà je sens leur haine me poignarder.

Sans même te
nter de m'expliquer, je m'éloigne de lui. Il reste plaqué contre le mur, haletant.
Ta
nt de choses, tant d'abus, tant d'indécence dans mes gestes, qui me rient au nez.

Sans ajout
er quoi que ce soit, je pars sans même jeter un ½il sur lui. Ce serait encore dégrader l'image de moi que je conserverai désormais, puisqu'un faux pas m'a figé dans la perversité, dans l'inceste.

Il ne me reste plus qu'à fuir, comme un voleur, comme un bandit, comme un violeur...

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Mon corps raidi
t n'arrive plus à bouger. Alors, on m'a mentit ?
J'ai tellemen
t de mal à comprendre la situation, tellement de mal à l'admettre. Et pourtant, les faits ne peuvent que confirmer l'inimaginable: je me faisais embrasser par un homme, caresser par un homme, bercer par les bras d'un homme. Mais quel homme ?

Je soupire, es
saye de détendre mes membres engourdis. Il fait noir, si noir. Aussi noir que dans ma tête, là où se bousculent des idées plus brouillées et troubles les unes que les autres.

Po
urquoi ais-je toujours cru que c'était une femme qui prenait soin de moi, pourquoi n'ais-je pas simplement cherché à comprendre ce malaise qui se manifestait entre nous ?

Depui
s longtemps, je me voilais la face avec un masque dont je connaissais l'existence: dans cette relation, mon partenaire cachait quelque chose. Jamais je n'aurais pensé cela, jamais je n'y aurais cru. Et pourtant, c'était vrai. Aussi loin que mes soupçons s'envolaient, je me faisais baiser par un homme.

Cette
idée m'incommode, et pourtant, j'ai du mal à la rejeter. Je n'arrive pas vraiment à réaliser ce qui se passe. Imaginer un instant de plus que cette douceur était celle d'un homme...

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Plongée
dans mon roman de Marc Levy, je lis calmement, sous la pâleur de ma lampe de chevet. Un sourire me vient lorsque le personnage principal raconte sa première histoire d'amour, qui s'est déroulée il y a à peu près cinq ans, dans une banlieue parisienne.

Mais
alors que mes doigts se faufilent sur le papier blanc pour tourner la page, la porte s'ouvre violemment. Bill apparait là, l'air humilié, abattu, mis à nu. Il ferme la porte derrière lui, avance nonchalamment dans la pièce, puis se laisse tomber sur le bord de mon lit.

Un peu inquiète de son état, je jette un ½il sous sa chevelure, qui ruisselle sur ses épaules. Ses pupilles voilées par du nacre blanc fixent ses mains.
« Bill, ça va ? »

Il se m
et à trembler, en essayant de maintenir ses genoux en place dans la paume de ses mains.
Un bruit
de déglutition lui racle la gorge. Il commence faiblement:
« Il a compris Hassiba, il le sait maintenant. »

Un cri de surprise m'échappe ! Je m'empresse de coller ma main sur ma bouche, mais mes yeux, grands ouverts, ne parviennent pas à cacher mon étonnement.
« Tu... Tu lui as dit ?
-Non
, il l'a découvert.
-C...Comment ça? Qu'est-ce que ça veut dire ? »


Le beau bru
n avale sa salive, puis continue, l'air totalement désemparé:
« J'ai dérapé... »

Mes yeux se
lèvent vers le plafond. C'est tout notre monde qui s'écroule. Celui de nos plans cachés, de nos secrets enfuis, de nos manigances déplacées. Nous sommes découverts, maintenant. Fini cette innocence qui nous servait de masque, de refuge. Adieu ces espoirs de pouvoir aboutir à nos desseins sans être mis à nus.

Mes pupilles se pose
nt à nouveau sur le beau brun:
« Et comment ça s'est passé?
-...
Naturellement. Je suis entré dans sa chambre, il m'a embrassé, comme s'il le faisait depuis toujours... Il n'y avait aucun doute dans ses attitudes, je croyais qu'il connaissait l'ampleur de ses gestes. Alors, je me suis laissé aller à sa douceur, à son attention, celle qui me manque depuis si longtemps. J'ai répondu à ses baisers, je me le suis approprié.
Ce n'es
t que quand il m'a dit qu'il m'aimait en me susurrant à l'oreille le nom d'Hassiba que j'ai compris qu'il était totalement aveugle...

J
e me suis refroidi, mais je n'ai pas flanché. C'était la dernière fois que je l'avais dans mes bras. Je voulais que cela soit magnifique. Un adieu triomphal, si triomphal que je n'aurais jamais la chance de l'égaler, et que je ne me permettrais pas de le toucher à nouveau pour essayer de faire mieux que ce soir.
Je
lui déversais en pleine figure tout cet amour que je lui portais, malgré cette touche d'amertume. Il s'acharnait à faire de moi celle qu'il aime, alors que j'aurais tant voulu qu'il m'accepte, en dépit de son dégoût s'il me savait en train de le chérir comme je le faisais...
Pris
dans ma passion, je n'ai pas fait attention, tu sais. Il était sur son nuage, il tirait le mien vers les cieux. Je l'aime tellement...
Je
l'ai tant désiré à cet instant que je me suis approché de lui, toujours plus, sans voir le danger arriver. Ce n'est que quand le mal a été fait que j'ai compris l'absurdide la situation. J'étais collé contre sa cuisse.

Tout s'est arrê
té en un instant. Cet amour est devenu froid. Il m'a humilié, mais je sais que je ne peux pas encore imaginer la réputation qui va tourner autour de moi quand il se décidera à en parler. Il se rendra compte qu'il s'est fait rouler depuis le début. Il va me détester, et toi aussi par la même occasion. Trahi par ses plus chers, il n'aura que des remords, alors que je voulais qu'il soit heureux... »


Bill ré
cite son discours avec aisance, comme s'il avait préparé depuis longtemps les mots qui collaient à ce tragique destin. Comme si quelque part, il ne se cachait pas les risques encourus, qu'il les attendait de pied ferme malgré l'appréhension qu'il leur portait.

I
l a inspiré profondément, puis s'est tu. Et pourtant, il n'avait pas encore vidé son sac. Ca se voyait dans ses yeux, dans ses traits, dans son corps. Mais seul le silence sortait de sa bouche, scellée par le désespoir et la tristesse.

J'a
i posé ma main sur son genou. Il n'a plus relevé la tête. Seule demeurait la lourdeur de l'atmosphère, gorgée d'inquiétude, d'anxiété, de peur...

Moi-même,
j'avais peur de voir Tom débarquer à tout moment. Car il ne tarderait pas. Il voudrait éclaircir ce mystère et risquerait bien d'employer les grands moyens pour parvenir aux aveux de son frère, et par la même occasion les miens.

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Mes
doigts tremblants se languissent sur le plâtre blanc. Je caresse les creux, les contourne, puis en éloigne mes phalanges pendant que ma tête décortique un à un tous les évènements qui ont précédé.

Je n'ai pas rêvé. La preuv
e, c'est qu'Hassiba, si tel est son nom, s'est enfuie aussitôt. Elle était aussi mal que moi...pardon, il.
Je j
ette un ½il sur la porte qui est restée entrouverte. Derrière, je n'apercevrai probablement plus cette ombre qui la traverse si souvent.

M
ais j'ai tellement besoin de savoir. Pourquoi tant de réticence ? Tant de cachoteries dans mon dos ? Mes pieds quittent la plainte, enjambent mon pull, étalé sur le sol.
J'
ai peur de ce que je peux apprendre, mais j'ai déjà ma petite idée ! La question est de savoir comment aborder un sujet si délicat...

Je
quitte la pièce en refermant derrière moi la porte, puis considère un instant les murs froids et noirs du couloir, obscurcis par la nuit et le mystère qui plane dans l'air que je respire.
De
s voix s'échappent de la chambre de « Hassiba ».
Un fin
faisceau de lumière se balade sous le bois, un son feutré peine à émaner de la petite chambre. Les bruits qui s'en échappent ne sont que des murmures incompréhensibles et indistincts.

Après avo
ir hésité quelques instants, je continue finalement mon chemin. Arrivé au seuil de la pièce, je m'arrête. J'ai si peur de ne pas trouver mes mots, de ne pas avoir une attitude adéquate... Il faudra que le bon dieu m'aide sur ce coup là...

Mes doigt
s se posent sur le châssis, frappent trois coups bien audibles. Les murmures se taisent. Le temps se fige, j'attends...
E
t j'attends...

« T...Tom, c'est toi ?
-Oui, c
'est moi.
-... »


Si
lence. Silence pesant. Je mordille ma lèvre inférieure en pensant à ce que je peux dire. Décidément, ces deux là ne m'aident pas beaucoup. Si j'avais su qu'on me laisserait un tel vent, j'aurais fait demi-tour avant d'avoir essayé d'établir quelconque dialogue.
Raclant le fond
de ma gorge, j'éclaircis ma voix avant de me jeter à l'eau. J'ai tellement besoin de savoir...
Je colle ma bouche à la
porte, puis lance, d'une voix assez confiante:
« Hassiba, pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu étais un homme ? »

# Posté le mardi 30 septembre 2008 15:15

Modifié le samedi 06 juin 2009 12:02

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