Chapitre 76

•Chapitre 76•
Les yeux du guitariste balayent la pièce, comme s'il était hésitant, comme s'il cherchait un repère. Mes paroles pouvaient-elles enfin le faire réagir ?
Si je ne comprenais
pas que la détresse de Bill ne lui ai pas ouvert les yeux avant, j'étais néanmoins ambitieuse quand à l'issue que pouvait avoir ce dialogue.

Il d
églutit, comme impuissant face à mes paroles. Si je suis en position de force, je compte bien le lui faire comprendre:
« De quel droit Tom ? De quel droit tu le punis de la sorte ? »

Il lève
enfin ses yeux vers moi. Il a l'air simplement désemparé, perdu. S'il a du mal à suivre le fil de mes idées, c'est peut-être parce qu'aveuglé par sa haine, il n'avait jamais essayé de retourner sa veste pour imaginer le point de vue que je lui confiais de Bill. Il le voyait comme un salaud bon à emprisonner, moi comme un humain qui souffrait d'avoir trop aimé.

« Cesse de te voi
ler les yeux Tom. Cesse de chercher à esquiver les conséquences de tout ce que tu lui as fait. »

Son
visage continue à s'adoucir, à prendre peur. Si je ne suis pas dans ses pensées, sa seule expression traduit son angoisse. Le masque de méchanceté qu'il s'est forgé au cours du temps, à force de haine et de remords, est en train de fondre sous mes yeux pour révéler une inquiétude et une anxiété qui ne s'est plus imprimée sur ses traits depuis des jours entiers.

« Tom
? Te rends-tu compte qu'il ne s'est plus jamais révolté contre toi ? Qu'il a toujours asséné tes paroles ? Qu'il a été très compréhensif envers toi ? Mais tu as dépassé les bornes. »

Il
entrouvre les lèvres, prêt à répondre à mes paroles, alors que ses pupilles s'épaississent sous un voile humide. Serait-il triste ?
« Je refuse qu'il m'aime, Hassiba.
»

Sa
voix semblait timide, indécise. Comme si ses paroles regorgeaient d 'hésitation.
« C'est ma seule revendication aujourd'hui. Je refuse qu'il me touche, qu'il m'approche à nouveau, qu'il essaye de se jouer de moi une nouvelle fois. C'est la seule chose dont je voulais me protéger en agissant de la sorte. Je ne voulais pas le détruire, encore moins le tuer. Mais j'avais peur, et j'ai toujours peur. Peur qu'il se serve encore de moi, peur qu'il mette à projet de nouvelles idées tordues pour parvenir à obtenir ce qu'il veut de moi.
Alors je me suis rétracté derrière
mes paroles blessantes, derrière mon attitude vexante. Je voulais l'enfoncer pour qu'il se résigne à abandonner.
-Était-il nécessaire d'en faire autant ? »

Une larme s'est échappée de son ½il droit, puis a trac
é un sillon humide sur sa joue.
« Tu sais, ma dignité ne me reviendra jamais. J'avais aussi un tel goût de vengeance, un tel espoir de lui arrache
r son bonheur pour qu'il soit un peu heurté, lui aussi. Mais il arrivait toujours à s'en sortir. Et moi, je me sentais couler, Hassiba. Pourquoi était-il heureux, alors qu'il devait payer ? Ce n'était pas juste. »

Tom a relevé la chaise sur laquelle il dormait quelques minutes plus tôt, avant
de s'y asseoir et de plonger son visage dans ses mains.
« Il paraissait si fort, Hassiba. Si intouchable. Mes paroles ne l'heurtaient pas. J'avais beau y mettre toute la haine que je voulais, il ne comprenait pas que je voulais à tout prix m'éloigner de lui. Du moins, c'est l'impression qu'il me donnait. Alors je continuais, persuadé que si je ne le remettais pas à sa place, il finirait par essayer de m'obtenir à nouveau.
-C'est faux Tom
. Il t'aime d'un amour démesuré, inconditionnel. Il a peur de te faire du mal. Il te respecte plus que toute autre personne. Et si tu lui demandais de tenir ses distances, il le ferait. Par amour...
Certes, cet amour t'a fait beaucoup de mal, mais il est incapable de te faire souffrir à nouve
au aujourd'hui.»

Le guitariste prit une longue inspiration, puis racla bruyamment le fond de sa gorge.
« Je te jure que si j'avais vu que mes paroles avaient de l'effet sur lui, j'aurais arrêté depuis longtemps. Si j'avais compris que le sens qui se cachait derrière mes propos, il l'avait saisit, jamais je ne lui aurais envoyé en pleine gueule toutes ces atrocités que je lui ai dites tout à l'heure.
-Mais Tom, étais-tu tellement aveugle
? Tu te souviens, non, qu'il s'est évanoui sur scène ? »

Le guitariste a hoché la tête.
« Est-ce que tu sais seulement pourquoi il est tombé inconscient ?
- Je pense que maintenant que tu en parles, oui. Mais il y a deux minutes, je t'aurais répondu qu'il avait juste fait un malaise. Il s'en
est tellement bien remis.
-Il était abattu Tom. C'est moi qui l'ai poussé à ne pas te montrer tout ce qu'il ressentait. Parce que je croyais qu'au
fond, tout ce que tu voulais, c'était justement le voir souffrir. Et je ne me trompais pas...
-Sauf que je n'aurais jamais été aussi loin qu'aujour
d'hui si j'avais su. »

Tom a glissé ses mains dans ses dreads, a reniflé plusieurs fo
is. Une larme s'est écrasée sur le carrelage froid de la cuisine.
« Vous devez me prendre pour un monstre, maintenant. Mais je ne voulais pas qu'il se fasse tant de mal. Je ne voulais pas qu'il essaye de se détruire. »
Sa voix s'affaiblit.
« J'ai beau l'haïr pour tout ce qu'il m'a fait, il reste mon frère. Malgré tout ce qui est arrivé, il y a toujours quelque chose qui me lie à lui. Quelque chose qui fait que je tiens malgré tout à sa vie.
Je me sens si
mal, en cet instant, si tu savais. Tu m'as dis que tu avais entendu le souffle quitter sa poitrine, son corps se raidir. Je crois que tu n'imagines pas quel effet ça me fait, d'entendre ça.
Je me sens... l'âme d'
un meurtrier, alors que je voulais juste me protéger.
Ma
haine était insatiable, certes, mais parce que jamais auparavant je n'avais vu une larme couler sur ses joues. Dans ma tête, il était tellement plus fort que moi... »

Tom ne retena
it pas les larmes, qui coulaient le long de ses joues, dévalaient le mètre de distance qui séparait son visage du sol avant d'y écraser.

« Comment il va, maintenant ?
-Je ne sais
pas vraiment Tom. Il est faible. C'est tout ce que je peux te dire.
-Qu'est-ce que je
dois faire ? »

Je me suis approchée du guitariste, avant d'enserrer délicatement s
es poignets pour décoller ses mains de son front. Si tout à l'heure, je déversais ma colère sur lui, maintenant, mon point de vue avait totalement changé. Il n'était pas aussi abattu que Bill, mais néanmoins, tous deux avaient besoin de savoir ce que l'autre pensait réellement d'eux. Et apparemment, la seule à pouvoir rétablir le dialogue entre eux, c'était moi. Moi qui m'était immiscée dans leurs affaires et qui avait contribué à faire souffrir autant Bill que Tom. Tom, parce que j'avais conseillé au chanteur de faire semblant qu'il était indifférent au caractère de son jumeau. Et Bill, parce que Tom tenait absolument à se protéger. Les conseils que j'avais donnés n'avaient en réalité réussi qu'à envenimer la situation, à la refermer sur un cercle vicieux dont je n'avais même pas imaginé l'existence. Il était maintenant de mon devoir de les aider, autant l'un que l'autre.

« Qu'est-ce que tu aimerais lui dire Tom ?
-Tout ce qui puisse lui sortir l'idée de la tête que je veux qu'il disparaisse
. »

J'ai plongé mes yeux dans les siens.
« Il y a des milliers de façons de le lui faire comprendre.
-J
'ai envie de revenir en arrière, de m'excuser pour tout ce que je lui ai dit, tu sais.
-Alors fais-le.

-Il doit
me détester maintenant.
-Pas encore assez que pour t'abandonner Tom... »


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Hassiba m'a invité
à rentrer dans la chambre de mon jumeau. Comme elle l'avait prédit, il était allongé sur le lit, à sangloter en fixant le plafond. Sa poitrine frêle se soulevait et s'abaissait à un rythme rapide, saccadé.

Je me suis tu, me suis av
ancé jusqu'au lit, en suivant Hassiba. Quand elle est arrivée près de mon frère, elle n'a même pas mentionné ma présence. Sa main délicate à frôlé le front couvert de sueur de mon jumeau.
« Bill, calme-toi... »

Ce
dernier ne l'a même pas regardée. J'ai posé mes yeux sur son visage, l'ai détaillé. Il était tellement crispé et malheureux à la fois que mon c½ur s'est resserré. Hassiba avait donc raison... Il était vraiment au bord du gouffre, prêt à abandonner à tout instant. L'absence que traduisaient ses pupilles me percuta. Elles étaient si vides que j'aurais pu me perdre dans leur profondeur, leur noirceur infinie.

La jeune mannequ
in s'est éloignée du lit pour me confier sa place. Mon c½ur s'est mis à battre dans ma poitrine, comme pour crier la détresse que la vue de mon jumeau lui inspirait.
J'ai dég
luti en redessinant les contours de ce corps vide. J'avais mal. D'autant plus que le seul responsable de la douleur qui émanait de chaque parcelle de son corps, c'était moi.

Les l
armes, qui s'étaient calmées, se sont remises à couler de plus belles, accompagnant les siennes. Je me suis mordu la lèvre inférieure. Je n'osais pas le toucher, de peur de raviver en lui des espoirs qui ne méritaient pas d'exister. Mais en même temps, j'étais tellement porté par le devoir de le sortir de là que je n'y ai pas réfléchis plus longuement.

J'ai frôlé les draps ave
c le dos de mes doigts, avant de mêler ceux-ci à ceux de Bill. J'avais tellement peur de sa réaction, tellement peur qu'il l'interprète mal...
Mais en même temps, aucun autre geste n'aurait pu traduire le sentiment de culpa
bilité qui m'habitait.
Alors j'ai resserré l'étreinte de mes doigts autour des siens.

« Je suis désolé Bill. »




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Par Sokaia:

Je
n'ai pas le temps de vous répondre individuellement, mais je ne pouvais pas passer sans vous laisser de remerciements. Vos commentaires sur ces dernières suites sont vraimentniaux, et sachez qu'ils ont le don d'embellir mes journées. J'ai passé tellement de temps à chérir cette fiction que voir qu'elle vous plait me rend vraiment heureuse!

Je continu
erai à faire de mon mieux pour la prochaine fiction, même si elle stagne ces temps ci!

Po
ur réponde aux questions qui m'ont été posées, je peux vous rassurer: le passage que vous venez de lire n'est pas un rêve ! Et si le changement de comportement de Tom peut paraitre radical, c'est peut-être parce qu'il a enfin eu le clic dont il avait besoin pour réagir. Vous comprenez maintenant pourquoi...

Bonne soie à toutes!

Et
merci pour tout!
<
3

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# Posté le dimanche 13 septembre 2009 13:30

Modifié le dimanche 08 novembre 2009 15:22

Chapitre 77

•Chapitre 77•
Ca faisait des heures que je sombrais, que les larmes voilaient mes yeux, que mon corps se débattait, incontrôlable. J'aurais voulu qu'on me laisse en paix, qu'on me laisse m'abandonner à moi-même. J'aurais volontiers accepté de ne plus ressentir ces sentiments qui me ravageaient, me consumaient, me rongeaient tel un glacier agresse la pierre des montagnes.

Je ne prononçais que quelques mots, quand ceux-ci avaient la force
de sortir. Je m'étais tellement replié sur moi-même, sur ma simple conscience et la douleur qui la ravageait que toutes les voix me semblaient floues.

De temps en temps,
celle d'Hassiba venait apaiser tous les cris qui emplissaient ma tête. D'une voix douce, elle essayait d'apaiser les paroles répétées en boucle qui martelaient mon crâne endolori.
« Je te hais Bill, je te hais ! »

« Tu pourrais exhaler ton dernier souffle que ta pitié ne me ferait pas flancher ! »


« A chaque fois que je te vois, je me ra
ppelle à quel point tu me dégoûtes... Et dès que tu es absent, je me rends compte que sans être là, tu parviens toujours à consumer ce qu'il reste de ma putain de vie ! »

« Je crois que même si je pouvais écouter ton c½ur cesser de battre, je te haïrais toujours. Il y aurait toujours tes souvenirs... »


A chaque fois que ces phrases me rev
enaient en tête, elles me tuaient un peu plus. J'en avais même fini par me laisser tomber. J'avais fini par m'évader de l'emprise de ces voix. L'espace d'une seconde, je m'étais senti tellement bien, vous savez.

Même s'ils ne respiraient plus, mes poumon
s se sentaient soulagés d'échapper à ces tremblement incessants qui animent encore violemment ce qu'il reste de mon corps. Mes ongles avaient enfin réussi à se séparer de mes paumes qu'elles mutilaient assidument.

Mais désormais, je suis de nouveau contr
aint à subir cette douleur, à me sentir encore vivant. Et plus les secondes avancent, plus j'ai envie d'en finir. Avec cette vie, avec tous les jugements qu'il porte sur moi, avec toutes ces insultes qui me collent au corps et à l'âme. Aujourd'hui, Tom m'a tellement fait de mal que je n'arrive plus à me reconnaitre. C'est comme si sa haine avait piétiné la rose fragile que j'étais pour arracher un à un ses pétales et laisser ensuite faner ce qu'il restait de sa tige.

Ma tête s'est violemment lancée en arri
ère, mes doigts se sont agrippés au drap du lit. J'avais tellement mal. A coups de hache, Tom avait taillé dans ma peau des plaies si profondes que dès que l'une d'elle se refermait, trois autres se remettaient à saigner. Et ces mots ne cessaient de me torturer l'esprit.

Désormai
s, j'en étais persuadé. Il m'aurait, il me tuerait. Il m'achèverait. Mais je ne dirais rien. Parce qu'aveuglé par mon amour pour lui, je n'aurais jamais pu lever la main sur lui. Je l'aimais, je l'aimais toujours. Malgré tout ce qu'il avait pu me faire, j'étais prêt à mourir avec l'idée qu'il resterait éternellement l'élu de mon c½ur.
Le pire là d
edans, c'est qu'il se réjouirait d'en finir avec moi. Le jour où mon corps inanimé rencontrerait son regard, c'est un sourire qui se dessinerait sur ses lèvres. J'en étais persuadé.

Mon dos
s'est cambré, comme il l'a fait des centaines de fois cette nuit. De nouveau, un long gémissement s'est échappé entre mes sanglots. Un main froide a frôlé mon front. Les doigts si délicats ne pouvaient appartenir qu'à Hassiba. Elle devait encore veiller, s'assurer que je n'abandonnais pas comme j'avais voulu le faire. Mais que pouvait-elle comprendre, elle, de toute cette douleur ? Que s'imaginait-elle en croyant que je pouvais encore encaisser tout ça, que je pouvais encore fermer les yeux sur ma situation, que je pouvais trouver une nouvelle échappatoire ?

Elle avait f
ait beaucoup pour moi, mais maintenant, il était trop tard. Elle ne pouvait pas indéfiniment se mêler de mes affaires et me protéger. Elle devait comprendre qu'il était temps que j'assume mes erreurs...
La main
d'Hassiba a renoué avec mes doigts. Sa chaleur s'est propagée sur ma peau.
Non, en fait, ce
n'était pas normal. Hassiba a toujours eu froid. Et puis, ces doigts étaient trop forts et moites que pour être les siens. Tout à coup, le plafond flou qui s'étalait devant mes yeux s'est précisé, révélant ça et là des fissures, bien trop nettes.

Je deven
ais fou. Je ne pouvais pas reconnaître cette main. Non, ça ne pouvait pas être lui. Un frisson a parcouru mon échine, arrachant un nouveau tremblement à mon corps. Que voulait-il ? M'achever ? Était-ce là ce qu'il était venu faire ? M'asséner une ultime parole qui m'obligerait à briser le dernier fil qui me retenait à la vie ? Mon seul soulagement, c'était de penser que toute cette douleur s'évanouirait dans l'oubli.

J'ai voulu me dégager de l'étreinte de ses doigts
, j'ai voulu l'empêcher de me faire du mal. Mais ma faiblesse était telle que je n'avais pas la force de me libérer de son emprise. Une fois encore, il serait le plus fort, n'est-ce pas ? Il sortirait une nouvelle fois vainqueur, après avoir tué la dernière flamme de vie qui brûlait en moi.

« Je suis
désolé Bill. »


Mon c½ur s'est figé dans ma poitrine. Mes lè
vres sont restées ouvertes, pendant que mon regard fixait toujours le plafond. Comment ça, désolé ? De longues secondes silencieuses ont suivi cette déclaration. Si j'étais incapable de froncer les sourcils, je ne comprenais pas pour autant la situation. Était-ce bien Tom ? Etais-ce Tom qui enserrait ma main, qui me susurrait de telles paroles ?
Les longues seco
ndes qui suivirent me parurent silencieuses. Mes yeux vagues se posèrent sur le visage de mon jumeau. Je ne le reconnaissais plus. L'anxiété mordait ses traits d'habitudes sévères et haineux, l'inquiétude s'imprimait sur ses pupilles marron.
L'étreinte de ses doigts s'est encore resserrée sur les miens.

« J'aurais cru beaucoup de choses de ta part, mais pas ce
lle de te retrouver dans cet état. Je m'excuse pour tout ce que j'ai pu te dire tout à l'heure. Ce n'était pas sincère. »

Sa voix était douce, néanmoins teintée d'hésitation. Et à vrai dire, je ne savais pas comment je devais considérer ses mots. Mes larmes continuaient à couler, parce qu'après tant d'heures de détresse, elles n'avaient pas la force d'arrêter leur lente progression sur mes tempes, où elles s'éternisaient avant d'être épongées par les draps. Mon corps tremblait toujours, parce qu'au fond, il continuait à souffrir plus que jamais. Je cherchais dans la voix de mon frère quelque chose qui puisse m'indiquer qu'il me trompait, que ses paroles n'étaient destinées qu'à me faire espérer pour qu'il puisse mieux m'achever par la suite.
Mais en réalité, je n'y trouvais que
la douce consolation que j'aurais voulue entendre depuis bien des jours. Je n'étais pas capable de le repousser comme il l'avait fait avec moi. J'arrivais juste à m'abreuver du peu de gentillesse qu'il m'offrait enfin, après toutes ces journées sombres où la seule chose qu'il témoignait pour moi, c'était son dégoût.

Tom s'est mis à caresser la peau de ma paume, à y
redessiner les traces que mes ongles y avaient laissés. Il s'est ensuite adressé à Hassiba.
« Il ne bouge
pas. Regarde-le.
-Si tu es
pères qu'il croie à tes propos sans insister plus, Tom, c'est perdu d'avance. Dis-lui vraiment ce que tu ressens, mais saches surtout que tes mots sont faibles à côté de ceux que tu as déjà prononcés. »


Mon jumeau a hésité, avant
d'ouvrir à nouveau les lèvres. Sa voix chevrotante était désormais la seule chose qui emplissait ma tête. Sa voix, si douce qu'elle m'en paraissait irréelle, apaisait le feu qu'avaient éveillées ses autres paroles, blessantes, vexantes, destructrices.

«
Faibles ? Mes mots sont faibles ?
-Oui, T
om... »


Mon regard vague était toujours pos
é sur mon frère, qui me dévisageait des pieds à la tête en affichant cette toujours cette expression d'inquiétude. Ensuite, il s'est approché de moi. Tellement près que je pouvais sentir le parfum qui émanait de ses vêtements. Tellement près que la chaleur de sa peau en devenait vive et agressive.
Il lui suffirait d'un seul geste pour m'ac
hever, tant j'étais vulnérable à côté de lui ! Mais j'étais plus que prêt à donner ma vie pour pouvoir le toucher une dernière fois, avant qu'il ne s'efface...
Sans compre
ndre ce qui m'arrivait, j'en senti ses bras se glisser dans mon dos. Il me fixait toujours, comme s'il cherchait dans mon regard un signe qui lui indiquait qu'il était sur la bonne voie. Mais que voulait-il au juste ? Devais-je vraiment le croire ?

Les se
condes s'éternisaient, tandis que je voyais toujours son visage se rapprocher de moi. Ses bras se sont mis à me soulever, légèrement. Ma tête a glissé vers l'arrière. Il l'a retenue d'une main qu'il venait de libérer de mon dos pour me rattraper. Il me rapprochait toujours de lui, hésitant, mais apparemment poussé par une idée qui transcendait sa haine. Ses yeux me renvoyaient une douceur comme je n'en avais plus eu droit depuis ce qu'il me semblait être des années...
Finalement, il a juste accéléré
son geste pour me coller tendrement contre lui. J'étais maintenant si proche de son torse que sa chaleur se diffusait sur ma peau à travers nos vêtements. Mes tremblements s'atténuaient, ébranlés par la proximité que j'avais avec mon jumeau.
« Regarde-moi Bill. »

Je n'ai pas eu la force d'ouvrir les yeux. Non, j'avais trop peur de lire en lui la méchanceté et le dégoût dont il avait réussi à me faire preuve. Mais inéluctablement attiré par sa chaleur, par sa douceur, par son odeur, je n'ai pas pu m'empêcher de mêler mes doigts au tissu de coton qui recouvrait son torse. Désormais, cela me semblait irréaliste de chercher du confort auprès de lui. Et pourtant, c'est ce que mes sens me poussaient à faire. Il a encore resserré son étreinte autour de moi, en me laissant blottir ma joue contre son cou brûlant. Je ne comprenais rien à ce changement brusque de comportement, rien au tournant qu'avait pris la situation, rien au fait qu'il m'approche de lui, même s'il était conscient du danger que je représentais pour sa personne. Il n'y avait qu'une chose dont j'étais sûr: jamais plus dans ma vie je n'aurais encore une telle proximité avec Tom. Même si j'étais en train de rêver, j'étais paisible. Mes larmes s'évaporaient, séchées par le souffle de mon frère. Mes tremblements avaient cessé, réconfortés par le corps si proche de mon jumeau.

Désormais, je pouvais mourir...
Mes yeux se sont fermés, lentement, bercés par le son de sa voix. Ma tête, assommée par les pleurs qu'elle avait déversés toute la soirée, ne tarderait pas à sombrer dans le sommeil.
« Je n'ai qu'une chose à te demander, petit frère. N'oublie pas d'ouvrir les yeux demain matin. »


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Par sokaia:

Vous êtes juste gén
iale... Je n'en reviens pas...
Ca
faisait des mois que je n'avais pas eu de pareils commentaires! Puis j'ai trois fans en plus depuis la semaine passée! *_*

Je vous
adore!

►LOVELYBIBI: J'ai déjà essayé aussi sur certaines fictions d'attendre 6mois avant d'aller lire la suite. Il y en a pour lesquelles je n'y arriverais aps non plus ! :p

Je suis désolée que
ce soit à chaque fois si court... Je posterais bien plus si j'en avais les moyens, mais là c'est vraiment impossible pour moi ! Tu me le dis à chaque fois en plus! -__-'

Honte à moi...

►Midianfictions: Merci mon âme soeur! Je n'ai rien de plus à ajouter! Juste merci <3

►Suishi: Promis, je n'abandonnerai pas cette fiction avant que vous n'ayiez vu le point final de l'histoire! Je ne voudrais me sentir coupable de votr emort! lol

Où je puise mon inspirati
on ? Je n'en sais fichtrement rien à vrai dire! Dans mes neurones complètement nécrosés... Ca doit être ça ! :D

►trahison-et-secret: Une petite nouvelle! Il y en a beaucoup des petites nouvelles ces temps ci je dois dire...
Je souhaite
donc la bienvenue à toutes celles que j'ai ratées! :D

D
'ailleurs, je dois avouer que j'admire toutes celles qui lisent ces 18pages de fictions en une, deux, voir trois nuits! Franchement, il va falloir que vous me donniez votre truc!!

Merci à toi et à to
utes les autres pour les compliments ! J'espère que cette fiction continuera à vous faire plaire jusqu'au bout...

x-Niemand-Versteht-x: Je ne t'oublie pas tu sais! Il y a juste que je suis très souvent coincée par le temps, mais ici vos commentaires sont tellement géniaux que je ne pourrais pas valider les commentaires sans rien dire !

J'av
oue que tu me laisses beaucoup de grands commentaires! Ca fait chaud au coeur, comment tu fais pour puiser ton imagination ?? :p

Au n
iveau de la suite de l'histoire, je ne peux rien dire, si ce n'est que l'espoir fait vivre! ^^

Est-ce que mes
mots révèlent ma personnalité ? A vrai dire j'ai du mal à en juger. Je pense qu'ils reflètent plus ce qu'ils se passe dans ma tête à un moment ou à un autre. Quand tout me fait chier, je fais souffrir mes personnages! :p Puis quand tout tourne bien rond dans ma vie, j'écris des chapitres à l'eau de rose! :D
Lo
l

Courage pour tes révisions... Tu ne te plais déjà plus à l'internat ?

►Quinte-et-sens: Ahah...j'avoue que cette fiction a de quoi faire devenir parano ! Maintenant, les trois petits points, ça veut juste dire que moi je sais la fin et pas vous, et que je vais encore vous triturer l'esprit dans tous les sens!! Gniark !

lol!

Je me demande quelle s
era votre réaction d'ailleurs! M'enfin, n'allons pas si vite, il reste encore presque 30chapitres! :D


►Marjo: Merci pour ce magnifique commentaire! <3 Il m'a vraiment fait chaud au coeur...
Merci à
toutes! Vous êtes adorables...




Par Gaeldrielle :

Moi aussi je ma
nque de temps... Honte à moi, une bloggeuse devrait aussi répondre régulièrement aux lectrices, surtout que même si je ne fais qu'illustrer/poster chaque semaine les chapitres, tenir le blog à jour, même si vos commentaires vont à sokaia et c'est bien normal, parfois j'aimerais avoir le temps de vous répondre, car je les trouve adorables !
Donc toutes mes excus
es si vous avez quelquefois l'impression que vos commentaires sont "laissés dans le vent". Ce n'est absolument pas le cas, croyez-moi...

bisous les fil
les ;)

PS: c
e chapitre est clairement magnifique, je suis d'accord avec vous ! et j'aime beaucoup le suivant également, il a sa petite touche... Vous comprendrez pourquoi ;)






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# Posté le dimanche 13 septembre 2009 14:19

Modifié le samedi 21 novembre 2009 15:44

Chapitre 78

•Chapitre 78•
Si ce soir, on m'avait dit que Tom serrerait de telle sorte son frère contre lui, je pense que je ne l'aurais jamais cru. Un bras du guitariste entourait les flancs du petit brun avec tendresse et délicatesse, tandis que sa main libre se frayait un passage entre les mèches sombres de Bill.

Et le chanteur
, de son côté, était en train de s'assoupir dans les bras de son Morphée. Un petit sourire s'est affiché sur mon visage. Leurs gestes n'avaient plus rien à voir avec les disputes qui avaient précédé ces excuses. J'observais la main frêle du chanteur agripper le T-shirt de son frère, comme s'il refusait désormais délibérément de s'en séparer.

Un fin faisceau de lune éclairait le lit, et plus particulièrement les deux jumeaux enlacé
s. Leurs ombres noires, immobiles, se dessinaient sur les oreillers aux taies bleutées. La scène était si émouvante que le meilleur peintre n'aurait pu représenter toute la douceur qui émanait de ces deux corps tendrement serrés l'un contre l'autre. Oui, le tableau aurait été magnifique, affiché au mur d'un musée. J'ai posé alternativement mes yeux sur Tom, et ensuite sur Bill, en me triturant la conscience pour trouver une explication qui aurait détaillé ce tableau.
Le mot innocent et assassin collait parfaitement à ce seul et unique visage, porté malgré lui par deux âmes que les liens de sang uniraient à jamais.


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La respiration
paisible de mon frère, même si elle me réconfortait, me mettait vraiment mal à l'aise. Il était de mon devoir de ne pas le laisser sombrer, de le sortir de là. Mais j'avais tellement peur qu'il interprète mal mes gestes, qu'il espère à nouveau ce que je refuserais à jamais de lui donner...

Les doigts qu'ils posaien
t sur mon torse m'effrayaient, car la dure réalité s'imposait toujours à moi. Je voulais être son frère, rien d'autre. Mais ses gestes témoignaient encore du désir qui l'habitait de me voir lui offrir plus que ce dont j'étais capable. Néanmoins, je l'ai resserré contre moi, parce que cette nuit, je voulais qu'il s'endorme avec la conviction que je ne l'avais jamais autant haï que ce que j'avais pu le prétendre. Il avait toujours été mon frère.
Et même s'il m'avait fait du mal, je ne cessai
s de me répéter qu'au fond, par ma cécité, je lui avais infligé bien plus de douleurs que ce que je l'avais imaginé.

Hassiba s'est approchée
de nous, a tendu la main vers Bill avant de m'interroger du regard pour voir si je la laisserais le toucher. J'ai acquiescé d'un geste affirmatif. Elle a alors posé ses doigts sur le cou de mon jumeau, avant de se retirer délicatement.

« Son c½ur bat vite, il est encore tout chamboulé,
me chuchota-t-elle »
J'ai posé
ma joue contre son front, d'un geste protecteur et inconscient.
«
Est-ce que tu crois qu'il se réveillera ?
-Je l'espère Tom.
-Il est
si vulnérable. C'est à croire que ses os vont se briser si je le brusque. »

Hassiba s'est assise à côté de nous. Toute son attention
était elle aussi posée sur le visage de mon jumeau.

« Crois-moi, h
ier, il n'était pas comme ça. En revanche, il va mieux que tout à l'heure...
Maintenant, il a la force de s'agripper à toi. »

J'ai à n
ouveau détaillé les mains de Bill, crispées contre mon vêtement.
« Tom..., murmura la jeune fille.
-Oui ?
-Il faudra que tu mettes les
choses au clair avec lui, demain matin. Lui dire que s'il est là, dans tes bras, c'est parce que tu tiens à lui. Mais donne lui des limites à ne pas franchir. Il t'aime encore, et il suffirait d'un rien pour que vous soyez à nouveau blessés, l'un et l'autre. Alors ne refuse pas ses gestes d'affection, il a besoin de toi. Mais explique-lui aussi quels sont les gestes qui selon toi, manqueraient de respect.
- Oui, je pense que j'aurai encore des choses à lui dire.
-
Mais surtout, ne t'éloigne plus de lui comme tu l'as fait. Ne le blesse plus. La prochaine fois, ce sera fatal. Je pense qu'être loin de toi n'apaise pas ses sentiments. En revanche, si tu essayes d'être comme un frère, il acceptera de se comporter normalement.
Rester
ensemble vous sera bien plus profitable que de vous séparer. Au fond, vous êtes jumeaux, on ne pourra jamais rien y changer. »


Bill s
'est mis à bailler, avant d'envoyer son souffle chaud sur mon cou. Celui-ci s'est propagé dans ma nuque, réchauffant faiblement ma peau, avant de s'évanouir dans l'air ambiant.
A l'instant où Hassiba
disait ces mots, je me rendais compte que j'étais heureux de pouvoir serrer mon frère contre moi, de pouvoir être là dans ses moments de doute et de douleur. Même si c'était moi, la cause de ses problèmes, j'étais bien décidé à le sortir de là pour redevenir le frère que j'avais omis d'être. Il avait payé sa dette...


---------------------------------------------------------------------------------------------------


Les rayons du soleil effleuraient ma peau froide
, la redoraient enfin de cet éclat qui m'avait tant manqué. Une couverture moelleuse enrobait mes hanches, puis recouvrait d'une douce caresse mes cuisses et mes mollets.

Une main douce s'est posée su
r mon dos, retraçant ma colonne vertébrale, de bas en haut, pour finalement s'épanouir sur mes épaules charnues.

« Ca va Bill ? »

La
voix était douce, tendre. J'ai ouvert les yeux, lentement, pour laisser mes pupilles s'habituer à la lumière matinale, tout en glissant mes mains sous l'oreiller. Deux lèvres veloutées vinrent s'apposer à ma joue, pour y déposer un baiser silencieux.

« Bonjour, petit frère. »

Intrigué, j'ai tourné la tête vers mon interlocuteur,
qui attendait mon réveil à mon chevet.
« Tom ? Mais... ? »

Aus
sitôt, je me suis emparé de la couette avant de la rabattre sur mes épaules. D'un geste accusateur, j'ai dévisagé mon jumeau qui semblait me contempler.
« Mais qu'est-ce que tu fais ici ?
-Je
veillais sur toi. Je voulais m'assurer que tu ailles bien !
-Pourquoi ? »


J'ai repensé à la soirée de la veille, a
ux larmes, aux douleurs, à la souffrance, aux excuses, à ses bras.
La de
rnière chose dont je me souvenais, c'était la voix de Tom qui me suppliait d'ouvrir les yeux au lever du jour.

J'ai regardé le radio
réveil qui ornait la table de nuit. Il était déjà dix heures !
« Tom, tu as passé toute la nuit ici ?
-Oui.
-Mais...e
t ? Et le concert ce soir ? Pourquoi tu ne m'as pas réveillé ? On a un concert! On devrait déjà être partis, on va être en retard! »


J'a
i voulu me lever d'un bond, prêt à enfiler mon pantalon et à embarquer mes valises pour rattraper le temps perdu. Mais Tom m'arrêta tout de suite en empoignant mon épaule.
« Bill, calme-toi. Le concert est annulé. »

Je me suis retourné vers l
ui, en fronçant les sourcils.
« Annulé ? Comment ça annulé ?
-Hier, tu ne ten
ais plus debout. Tu ne pourrais pas assurer le concert aujourd'hui !
-Mais, et les fans
?
-Désolé Bill, mais tu
étais trop mal en point. Et ta santé est prioritaire. »

J'ai enfoncé ma tête
dans les oreillers.
« Et tu as raconté quoi pour que David accepte ça ?
-Oh! Juste une petite pharyngite. Dan
s deux jours, tu pourras assurer le concert de Genève. Mais là... C'est trop tôt! »

Sans rien
ajouter, j'ai tracé sur mes lèvres ma moue habituelle.
« Tu peux râler Bill, ça ne changera rien. Tu es encore tout cerné. Ca ne te fera pas de mal de te reposer ce soir, tu sais.
-Je n'aime
pas laisser mon public en plan.
-Peu importe. Si Has
siba n'avait pas réagi hier soir, tu n'aurais jamais plus été présent pour ton public. Ils pourront aller nous revoir. Ne t'inquiète pas. »

La main de Tom s'est faufilée
dans mes cheveux ébouriffés. Si ce geste me plaisait, si j'aimais sentir sa main contre moi, j'étais néanmoins inquiet. Pourquoi osait-il m'approcher, tout d'un coup ?

« Tom ?
-Hm ?
-Tu n'as pas peur de moi ? »
Il a aussitôt retiré ses doigts de mes mèches noires, avant de déglutir.
« Si, un peu !
-Alors essaye de ne pas t'aventurer n'im
porte où !
-Pourquoi,
tu vas me sauter dessus ? »

Ses yeux fuy
ants tentaient de me tenir tête, mais rien n'y changeait. Je l'aimais. Il en était conscient. J'étais prêt à faire tous les sacrifices possibles et imaginables pour avoir la possibilité de l'approcher sans lui faire de mal. Mais s'il y avait bien un comportement qu'il devait éviter, c'était celui de jouer avec le feu.

# Posté le dimanche 13 septembre 2009 14:25

Modifié le vendredi 20 novembre 2009 07:50

Chapitre 79

•Chapitre 79•
Feindre l'indifférence. Fermer les yeux. Critiquer. Juger. Détester. Haïr. Rejeter. Détruire.

Il y a
tant de gestes tellement simples pour éviter d'être confronté aux sentiments que l'on nous porte. Tellement de possibilités de choisir la facilité. Mon erreur, elle avait peut-être été là. Je ne m'obstinais qu'à une seule chose. Rejeter le malaise qui planait au-dessus de ma tête. Oui, c'était tellement plus simple de détruire celui que j'avais chéri durant toute mon enfance plutôt que d'essayer de comprendre ce qu'il ressentait, au fond de son être.

« Non Tom, je ne vais pas te sauter dessus. Sauf si je suis persuadé que c'est ce que tu veux.
-Pas vraiment, je dois dire. »

Son regard s'est
porté sur mes mains, dont les pouces qui tournoyaient l'un autour de l'autre témoignaient de ma nervosité.
« C'est bien ce que je me disais. Ca me fait du bien que tu oses enfin me toucher. Mais je ne voudrais pas te mettre mal à l'aise, comme cela c'est déjà produit !
-Je comprends petit frère. Il
y a juste que je n'accepterais pas certains gestes de ta part. Et j'en suis conscient. Mais je ne suis plus aussi partant que pour me priver de toi comme je l'ai fait.
Après tout, tu restes une partie
de moi, et ça me fait autant de bien qu'à toi que de pouvoir te toucher. Ne serait-ce que pour te souhaiter une bonne nuit. »

Un sourire radieux s'e
st affiché sur les lèvres de mon jumeau. La lumière que renvoyait sa peau légèrement dorée adoucissait les cernes profondes qui marquaient ses yeux las. Il ne s'était pas encore remis de sa soirée. Il lui faudrait sûrement encore de longues semaines pour oublier, si vraiment il oubliait.


---------------------------------------------------------------------------------------------------


Corps en
sueur, je n'arrêtais pas de me tourner en me retourner dans mon lit, cherchant vainement le sommeil. La chaleur étouffante, les images de la nuit précédente, tout m'empêchait de sombrer calmement dans les bras de Morphée.

D'u
ne main agressive, j'ai repoussé une dread qui traversait mon visage. Mon dos se tortillait sur le matelas, épongeant sur les draps le film d'humidité qui couvrait mon corps à moitié nu.

Bill se tenait là, devant la baie vitrée. Il contemplait au loin la cime des arbres. Ses lèvres closes et ses yeux noirs s'accordaient parfaitement avec le ton dur emprunt sur son visage.
Ses cheveux striés de mèches cendrées recadraient son front plissé.

« J'ai besoin de toi Tom.
-Je
ne veux plus te voir. »

M
on jumeau a baissé les yeux, déçu.

« Je pensais que ça s'arrangerait, petit frère.
-Insol
ent! Ne m'appelle plus comme ça.
-Q
u'est-ce que je t'ai encore fait au juste ?
-
Ne fais pas l'innocent. »


Au
fond, pourquoi avait-il encore fallu qu'il se laisse tenter ? Pourquoi avait-il fallu que dans un unique geste déplacé, il rape. Pourquoi avait-il fallu que son désir l'emporte, qu'il se laisse aller à ses plaisirs, qu'il dépasse à nouveau les limites ? Mes lèvres portaient encore la marque de son baiser brûlant.
Toute mon indulgence s'était de nouveau effondrée, à cause de lui, à cause des pulsions qu'il ne pouvait retenir.

« Tom, je te désire plus que comme un frère. C'est inné chez moi. Je ne peux m'arrêter au peu que tu me donnes.
-Et
moi je suis incapable de t'offrir plus. »


Mon jumeau
a rivé ses pupilles dilatées sur ses pieds. Même dans la pénombre, je pouvais voir qu'il avait l'air déçu.

De nouv
eau, je me suis retourné dans mon lit, en essayant de chasser la chaleur qui m'étouffait. Mes pieds ont repoussé la couette vers le fond du matelas. Mes mains se sont agrippées à l'oreille sous ma tête.

Bill
sanglotait. Sa voix floue et à peine audible trahissait sa peine. Une larme noire a dévalé sa joue, avant de maculer le col de la chemise blanche qui enveloppait son cou. La seconde perle salée a atterrit à hauteur de ses pectoraux, avant de s'étaler à nouveau sur le tissu nacré.

« Bill, ne pleure pas. Viens, viens près de moi. »
En silence,
il s'est exécuté en s'approchant silencieusement de mon lit. Au fur et à mesure qu'il avançait, les larmes libérées par ses yeux gagnaient en nombre, et les taches qu'elles laissaient sur les vêtements du chanteur grandissaient à vue d'½il. Il s'est assis près de moi.
J'ai
posé mon pouce sur sa joue, avant d'y essuyer la gouttelette noire qui s'épanouissait sur la joue de mon petit frère.

« Tu vas encore t'affaiblir si tu continues à pleurer comme ça !
-Je n'y
peux rien. Je n'arrive pas à accepter mon sort, Tom. »


Portant mon pouce à
mes lèvres, j'ai léché la larme que j'avais recueillie sur le visage de mon jumeau. Elle avait un goût salé, certes, mais néanmoins métallique. Comme si on m'avait mis un morceau de fer en bouche.
« Pourquoi ne pourrais-tu pas pleurer normalement ? »

Je détaill
ais les coulées sombres, tracées sur les joues de Bill. Ce n'était pas du maquillage, certes, mais avec un peu de naïveté, on aurait presque pu y croire.
Le chanteur a
coincé sa lèvre inférieure entre ses dents, hésitant. Quand il l'a relâchée pour me parler, elle saignait à son tour.
« Je t'aime Tom... »

J'ai essuyé l
e liquide sombre qui gagnait du terrain sur son menton. Je n'aimais pas quand ses yeux révulsés laissaient échapper des larmes pourpres...
Il a
enveloppé sa main autour de mon poignet.
« Ne me rejette plus, petit frère, je t'en prie. J'ai besoin de toi. »

J'ai fermé les
yeux. J'ai rejeté ses paroles. Parce qu'il m'était impossible d'accepter ça. Cette seule et unique chose qu'il revendiquait de moi: l'amour pur.
« Regarde-moi Tom, regarde comme j'ai mal de me sentir loin de toi. »

A nouveau, je l'ai d
étaillé. Il a entrouvert le haut de sa chemise maculée, avant d'en écarter les pans. Sa peau saignait, tout comme ses lèvres, tout comme ses yeux. Quand j'ai posé ma main sur sa plaie pour le rassurer, le liquide carmin s'est mis à ensevelir ma main.
Horrifié, je l'ai ret
irée. Il m'a alors approché, a posé ses lèvres humides et visqueuses sur ma joue.
« Tu me fais tellement mal, tu sais ! »

Je me suis redressé d
'un bond, avant d'essuyer d'un revers de main la sueur qui dégoulinait sur mon torse. Dans ce profond silence ne résonnaient que ma respiration rapide et les battements de mon c½ur. J'ai plissé le drap d'un lit, à la recherche d'une éventuelle trace de sang. Rien. Rien ne suspectait la présence de Bill, si ce n'est le rideau mal fermé et mon cauchemar.

« Bill, tu es là ? »

Auc
un son ne répondit à mon appel. Pas même une autre voix faible.
Intrigué par
les visions que me divulguaient mon inconscient, la peur me serrait soudain le ventre. Comment allait Bill ?

J
'ai glissé mes pieds hors du lit, avant de me mettre debout. Au fur et à mesure que j'avançais dans la pièce, les images brumeuses de mon cauchemar se dissipaient, remplacées seulement par une peur qui me nouait le ventre. Elle n'était guère justifiée, certes, mais elle encombrait le bas de mon abdomen.

Je me suis faufilé discrète
ment dans le couloir sombre, jusqu'à la porte de la chambre de mon jumeau. Tout était silencieux. Maintenant, je n'aurais plus su dire quel sujet avait abordé mon imagination quelques minutes plus tôt. Je voulais juste me rassurer que mon jumeau allait bien. Lentement, j'ai entrouvert la porte, une grimace affichée aux lèvres. Et s'il pleurait encore ?

Mes doigts ont glissé ent
re la porte et le châssis, avant d'agrandir l'embrasure qui menait vers la chambre.

Mes iris s
e sont aussitôt attardés sur le lit, où mon jumeau s'était apparemment paisiblement endormi. Je me suis approché. Son front perlé, ses yeux clos, ses mains recroquevillées autour des draps m'attendrissaient. Comment avais-je pu le haïr de la sorte ? Comment avais-je pu lui inventer que je souhaitais qu'il disparaisse ?

Je me
suis agenouillé à ses côtés, avant de déposer mes lèvres sur son front.
« Bonne nuit, petit frère. »

# Posté le dimanche 13 septembre 2009 14:28

Modifié le vendredi 27 novembre 2009 07:26

Chapitre 80

•Chapitre 80•
Le concert qui nous attendait tant à Genève fut mémorable. Peut-être parce qu'il était pour moi le signe d'un renouveau. Quand je suis monté sur scène, la peur qui me tiraillait à chaque fois avait disparu, éradiquée, comme par un enchantement.

Le première chose qui m'a surpr
ise, au début du show, c'était le sourire de Tom, qui pour une fois ne lâchait pas prise quand il se vissait sur moi. La flamme qui s'amenuisait petit à petit en moi avait ce soir rejailli, pour éreinter tous les mauvais souvenirs qui avaient noirci mes soirées précédentes.

Et
du côté de mon frère, je crois que quelque chose avait changé aussi. Ses accords se faisaient plus puissants, plus habiles, défiant aisément les voltiges les plus drastiques que nécessitaient la mélodie.

Aujourd'hui, tout m'apparaissait plus beau. La vie me
souriait, la chance aussi. Et on aurait dit que ma joie se dépeignait sur le public qui me paraissait plus enthousiaste que d'habitude.
J'ai levé ma
main en l'air, avant d'engager un monologue qui leur était destiné.
Un peu essouffl
é, cette interruption avait pour but de m'aider à récupérer de « Ich brech aus »

« Bonjour à tous! »

Les hurleme
nts rivalisaient en intensité avec le son qui sortait des amplificateurs. Derrière mes paroles, la bassdrum de Gustav rythmait mes mots.
« J'espère que vous allez bien, que vous vous éclatez bien.
La première chose que j'ai à
vous dire, c'est que je suis heureux d'être avec vous ce soir!
To
ut mes chers amis sont d'ailleurs du même avis, ajoutais-je sous leurs regards concluants »


Tous les bras des fans s
e tendaient vers moi. Je m'approchai du public, tout en veillant à ne pas me faire ensevelir par tous les doigts qui tentaient d'accrocher le bas de mon pantalon.
« J'espère que vous êtes tous prêts pour accueillir chaleureusement Schrei! »

La sourdi
ne qui accompagnait généralement le début de la chanson emplit la salle. Même si c'était imprévu, j'avais l'intention de pimenter cette soirée! Mon regard croisait celui des jeunes filles hystériques, rayonnants, étincelants. Mais si pour beaucoup, le rêve s'arrêtait ici, pour une autre, il ne faisait que commencer. Les premiers accords ont résonné, alors que je m'apprêtais à porter ma voix dans le micro.

« Du stesht auf, und kriegst gesagt wohin du gehen sollst »

Mes pupilles embrasées balayaient les premiers
rangs. Ils s'arrêtèrent sur un visage rougi par la chaleur et l'émotion, mais néanmoins ravissant. Bordées par une masse de cheveux blonds, les joues creuses portées par cette jeune fille accentuaient la profondeur de son regard azur.
« Wenn du da bist, hörst du auch
noch was du denken sollst
Danke d
as war mal wieder echt'n geiler Tag »


La jeune
inconnue venait à peine de porter son attention sur moi. Apparemment plongée dans les doigtés de Georg, elle n'avait pas remarqué que mes pupilles la sondaient. Si d'habitude, je ne m'attardais qu'une ou deux secondes sur la même personne, j'ai insisté sur elle pendant plus de cinq secondes. Si pour elle, le rêve continuait, si son c½ur avait été tellement ému qu'il avait menacé d'arrêter de battre, elle était loin d'être au bout de ses surprises.
« Du sagst nicht, und keiner
frag dich: sag mal willst du das ?
Na na na na na na na na nein
Na na na na
na na na na nein »


Le public hurla en c½ur:

« Schrei! »


Après q
ue le refain ait été entamé en coeur par les fans, j'ai de nouveau levé la main, avant d'annoncer d'une vois ferme à Gustav et aux aux autres:
« Stop stop stop! »

Sceptiques, les musiciens m
'ont obéi, avant de comprendre où je voulais en venir. Cela faisait longtemps que l'on avait plus fait ça, mais aujourd'hui, j'en avais envie.
« J'ai envie de faire monter quelqu'un sur scène ! »

Aussitôt, les cris stridents des voix les plus aig
uës se sont mise à dominer les autres, cherchant à attirer vainement mon regard. Malheureusement pour elles, il était déjà posé ailleurs, sur celle que j'avais choisis quelques secondes avant.

« Toi, la fille aux yeux azurs et au top jaune. »
Elle s'est mise à rougir, alors que les gardes du corps la hissaient au-delà des barrières qui retenaient la furie des premiers rangs. J'ai enlacé fermement son poignet pour l'aider à monter, avant de contempler ses pupilles éclatantes sous les feux des projecteurs. Elle m'a sourit.
« Comment tu
t'appelles ?
-Héléna. »


Son sourire crispé mettait
en évidence son stress.
« Héléna, bienvenue. Tu as envie de chanter ? »
Elle hocha timid
ement la tête, avant que je ne glisse le micro devant ses lèvres.
« Gustav
? »


« Nein,
weil du selbst
Nein... »


Je lui laissai
continuer le reste de la phrase, avant de la tirer vers l'autre bout de la scène, vers Georg qu'elle semblait particulièrement apprécier. Elle se débrouillait plutôt bien, avec le micro, même si le fait qu'elle n'ait pas de retour faussait la justesse de sa voix.
Les
secondes avec elle passèrent si vite que je ne vis pas la fin de la chanson arriver.

Le
s derniers coups de batterie frappèrent les caisses, tandis que je serrais Héléna dans mes bras pour la saluer. Je n'omis pas de lui glisser un dernier mot à l'oreille.
« Retrouve-moi en coulisses après le concert. »

Les
gardes du corps me l'arrachèrent, ses doigts se délièrent des miens, mais ses yeux éclatants comme des pierres de saphir confirmaient qu'elle m'avait bien compris.


---------------------------------------------------------------------------------------------------


Mes cheveu
x trempés retombaient sauvagement sur mes épaules et humidifiaient mon sweat. J'ai bouclé ma ceinture en cuir noir, avant d'enfiler mes santiags.

Tom a tambouri
né à la porte des douches:
« Bill, dépêche-toi !

-J
e sors dans un instant. Mais heu... Tom ?
-Quoi ?
-Ec
oute, ce soir, je vais encore courir un peu. Si vous voulez rentrer, ne vous inquiétez pas, je prendrai un taxi pour rejoindre l'hôtel. Mais, j'ai besoin d'être un peu seul.
-Ah ! D'accord ! »


Je me suis pr
écipité sur la porte que j'ai ouverte brusquement. Mon geste vif fit sursauter mon jumeau, qui me dévisagea ensuite avec scepticisme.
« Tu vas aller suer, mais tu te laves avant ?
-Oui, j'ai besoin d'être bien quand je co
mmence à courir ! C'est psychologique, ne cherche pas à comprendre. »


Je passai à sa hauteur. A nouveau, il
fronça les sourcils.
« Bill ?
-Oui ?
-Tu vas cour
ir en santiags ?
-Non ! Pas du tout. Mais je n'avais que c
es chaussures là dans la salle de bains. Je vais retourner dans le véhicule chercher mes affaires avant d'aller courir! Comme tu vois, je ne suis pas non plus vêtu avec un vieux training ! »

Tom leva les yeux au c
iel, puis s'engouffra dans la salle de bains. Dès que la porte fut refermée, les courants d'airs chauds s'évaporèrent dans l'air ambiant. Mon frère était trop perspicace et lucide. Je devrais essayer de mettre plus de chances de mon côté la prochaine fois que je voudrais lui éviter.
Je quittai aussitôt la loge, plutôt im
patient à l'idée de retrouver la jeune fille qui était l'élue de cette soirée. Même si la situation avec Tom s'était légèrement arrangée, il me restait toujours une réputation à sauver. Ce n'est pas avec une seule conquête que j'arriverais à éradiquer l'idée des fans que j'aimais effectivement mon frère. De plus, si je pouvais le toucher, je n'étais cependant pas autorisé à dépasser certaines limites... que je pouvais transgresser chez d'autres.

Mes santiags martelaient bruyamment le sol. J'ai to
urné au coin du couloir, avant de m'engager vers les coulisses où veillaient les gardes du corps. Je n'ai pas eu besoin d'avancer beaucoup plus pour sentir ses yeux puissants posés sur mon visage, rayonnants de bonheur. Une mèche blonde traversait son front pour se fondre à la raie de son nez, accentuant la profondeur de son regard. Je lui ai souris. Elle a fait de même.

Tobi s'est retourné sur moi, après avoir enfin remarqué ma présence:
« C'est bien elle qui était autorisée à te rencontrer ce soir ?
-Tout à fait. »

Cette jeune fille, rien qu'en se tenant en
face de moi, attirait déjà ma convoitise. Mais j'étais conscient qu'elle ne m'offrirait pas son corps comme l'avait fait Nathalie. Au fond, l'idée d'être confronté à un défi rendrait la situation bien plus amusante.

# Posté le dimanche 13 septembre 2009 14:47

Modifié le vendredi 04 décembre 2009 12:14