Aimer son frère, c'est se condamner avant d'avoir goûté aux joies de la vie.
C'est comme accepter que les barreaux se referment sur vous avant que vous n'ayez pris conscience du danger. Mais c'était déjà trop tard, bien trop tard !
Les larmes coulent le long de mes joues...
Au fond, c'est un peu pareil toutes les nuits, mais d'habitude personne n'est là pour le voir !
Et maintenant qu'il y a quelqu'un, ça me pèse encore plus lourdement sur le c½ur !
Je préfèrerais parfois qu'on me l'écrase plutôt que de le laisser agoniser...
Oui, il y a des jours comme ça où j'aimerais que la terre tourne sans moi, qu'on me permette de tout effacer pour tout recommencer à nouveau...
Et encore mieux, j'aimerais qu'on me laisse le choix de ne pas recommencer, pour rester à jamais invisible et inconnu !
Mes yeux fuient ceux d'Hassiba ! Tout ce qu'elle était venue chercher, c'était du réconfort. Ce que je lui ai offert n'est autre qu'une profonde frustration en échange de ma dignité.
Maintenant dévisagé, je sais que mon monde peut s'écrouler à tout instant. Mon mérite tient au libre arbitre d'une innocente ! La seule chose que je peux marchander, c'est son secret en échange du mien.
Je devine ses yeux qui me dévisagent de haut en bas. Je n'ai pas besoin de la regarder pour savoir qu'elle s'interroge énormément sur moi. Elle était comme tout le monde : à se demander d'où me venaient ces réactions étranges, mais sans oser se renseigner sur ce que je cachais vraiment.
Tout lui est tombé du ciel, peut-être qu'elle n'aurait pas du savoir...
Tout comme ses problèmes me sont tombés du ciel, alors que je ne devais pas savoir...
Le beau brun semble abattu et refuse de me regarder droit dans les yeux.
Les pupilles fuyantes, il tourne la tête dès que je cherche à nouer un lien visuel.
Je sens sa honte se mêler à la mienne. Le silence est gorgé de peur, d'angoisse, de déception. Non, ni l'un ni l'autre ne s'attendait à ça !
Mon bras continue à me démanger. Je le frotte énergiquement du bout des ongles et enlève les quelques croûtes restantes.
Pour finir, Bill se retourne et ôte son T-shirt qu'il jette au pied du lit.
Me voilà face à son dos nu, imberbe, dessinant une magnifique chute de reins au-dessus d'un pantalon descendu sur ses hanches.
Sa peau attire les convoitises, si matte et délicate...
A croire que je la ferais fondre en y déposant un doigt.
Sa chevelure tombante révèle le début d'un signe dans son cou.
Avant d'oser repousser ses cheveux pour assouvir ma curiosité, il s'avance vers le lit.
Ses hanches se balancent légèrement, malgré sa démarche triste.
Et moi qui l'assimilais il y a quelques secondes à un pervers...
C'est à mon tour de me rincer la vue devant ce corps que la nature a façonné avec un énorme souci du détail.
Bill s'assied sur son lit, puis enlève ses baskets en soupirant longuement.
Je ne fais que regarder comment il réagit, sans ajouter ni parole ni son...
Je suis figée sur place, non pas seulement à cause de la beauté de mon hôte, mais aussi par ma crainte de lui faire autant de mal. D'habitude assez confiant en lui, j'ai l'impression qu'il est devenu aussi fragile qu'une feuille de papier que l'on déchire à sa guise.
Lorsqu'il s'apprête à enlever sa deuxième basket, je vois sa main s'arrêter sur sa cheville.
Sa chevelure pleut sur ses genoux, et ses sanglots secouent sa maigre poitrine.
Il reste là immobile, à mariner dans cette souffrance qu'il refuse d'évacuer.
Je m'approche lentement de lui, pleine de cette envie de le consoler comme il l'a fait un peu plus tôt. Un pas incertain, un deuxième, le suivant enchaîne...
Une fois à sa hauteur, je le regarde bêtement en me demandant ce qu'il ferait si nos places étaient échangées...
Un léger dessin décore le bas de son cou. Mais je ne vois pas l'entièreté tellement sa tête est touffue ! Intriguée, je dépose mes doigts sur sa peau et écarte les quelques mèches qui me dérangent. Petit à petit, je reconnais le logo qui est généralement apparenté à son groupe...
A ce moment là, il pose sa tête sur mon ventre...
Un peu confuse, je me contente de caresser son cou, ses cheveux ébène striés de blond.
Il me rapproche de lui en nouant ses mains dans mon dos et enfouis franchement son visage dans mon T-shirt.
« Les gens ne voudront pas me croire, jamais !
Ils ne peuvent pas comprendre que je suis normal, même si j'aime mon frère !
Ils trouvent ça malsain, inhumain.
Mais l'homosexualité n'est pourtant plus une tare !
...
Les gens croient qu'on ne peut pas tomber amoureux d'une personne du sexe opposé !
Ils ne se rendent pas compte que c'est pareil de tomber amoureux d'une fille que d'un mec !
Les sentiments qui parcourent ton corps, ils sont pareils ! Tu as cette attirance, ton ventre qui se noue, tes tripes qui se serrent ! Tu ne peux rien y faire...
Même si tu le refoules tes sentiments, ils ne reviendront que plus violemment en te blessant plus profondément.
Tu as aussi les joues qui rosissent devant celui que tu aimes. Tu perds tous tes moyens, tu te mets à bégayer...
Tu le trouves beau même s'il ne cherche pas forcément à t'attirer...
Un amour homosexuel est un amour des plus normaux !
C'est pur, c'est aussi beau que le reste. Et il ne faut pas se voiler la face, tu ne seras jamais aussi attiré par une femme que par un homme si c'est lui qui t'a sauté aux yeux...
Si je disais que j'aimais un homme, on me dirait que ce n'est pas trop grave, que certains couples homosexuels sont heureux.
Mais si je dis que j'aime mon frère, je vais me faire enfermer comme un psychopathe !
Alors que pourtant, je suis comme les autres.
J'ai craqué sur quelqu'un avec qui je me sens bien, malheureusement, c'est lui qui m'a tapé dans l'½il.
Mon frère ! Moi aussi je me dis que c'est dégueulasse, qu'on ne peut pas aimer son frère !
Mais les faits sont là, mon amour l'emporte sur ma raison !
Qu'est-ce que je dois faire ? »
J'ai du mal à comprendre ce qu'il marmonne...
Dans tous les cas, il cherche à se justifier d'aimer son double. Mais il n'y a rien à espérer dans ces paroles perdues. Les sentiments ne se commandent pas... Ca ne changera pas !
Je remonte mes mains dans la touffe ténébreuse du chanteur, les ébouriffe sous quelques caresses plus franches.
Je ne sais pas plus que lui ce qu'il doit faire !
« Tu dois aussi me prendre pour un type complètement à côté de la plaque qui n'a jamais rien compris à la vie ! Mais si c'est ce que tu penses, je te supplie de ne pas le dire...
Je t'en prie, garde ça pour toi ! J'ai trop de choses à perdre ! Plus qu'un amour, c'est aussi une carrière, une vie ! »
Mes bras descendent sur les épaules de Bill alors que je m'agenouille devant lui, pour venir tenir entre mes mains moites et tremblantes ses joues humides.
« Bill...
Si je détruis ta vie, je me détruis par la même occasion. Tu sais trop sur moi, je sais trop sur toi. La seule chose qu'on puisse faire, c'est s'aider ou se taire ! J'ai aussi quelque chose à cacher, mais une seule personne à qui en parler...
Une qui ne me juge pas, qui accepte de ne pas me comprendre...
Si tu es capable de le faire pour moi, je le ferai pour toi ! »
Deux pupilles sombres se relèvent tendrement sur mes yeux, perçant l'obscurité de leurs reflets brillants.
« Tu ne diras rien ?
-J'y gagnerais quoi ?
-Un scoop, beaucoup d'argent...
-Et à perdre ?
-... Ton boulot ! Tes amis... Ta carrière ?
-J'ai bien plus à perdre qu'à gagner, il vaut mieux que je me taise tu sais !
-Pareil pour moi... »
Bill posa une main sur mon épaule et la descendit lentement sur mon bras.
Les hématomes et les traces d'injection me faisaient souffrir quand il passait sa paume dessus.
Une grimace de douleur s'empreint sur mon visage.
« Hassiba, qu'est-ce que ça te fait de cacher que tu te drogues ?
-Hm ?
-Tu ressens quoi en devant te cacher ?
-Beaucoup de choses. De la détresse, de la honte, de la tristesse. J'ai besoin d'aide mais je ne sais pas comment faire pour en obtenir ! Par-dessus tout, ça fait mal...
Pourquoi ?
-Parce que ça me fait un mal fou à moi aussi...
Je l'ai tous les jours sous les yeux, j'ai envie de le prendre dans mes bras, de l'embrasser, de lui dire que je veux passer ma vie à ses côtés ! Mais je ne peux pas, parce que j'éprouve une honte sans limite ! Qu'est-ce qu'il dirait si un jour il le découvrait ? Je me sens aussi profondément débile de vouloir braver les interdits alors que personne ne les lèvera jamais ! Mon comportement me mènera derrière les barreaux si je continue, et pourtant je n'arrive pas à imaginer autre chose. Une vie sans Tom, c'est une existence qui n'a plus de sens !
C'est terrible mais c'est si vrai...
-Et la musique dans tout ça ?
-Je chante pour mon frère...
C'est lui qui me donne envie de faire ça !
-Et les fans ?
-Ce n'est pas pareil... Ils ne seraient pas là sans mon frère !
-Bill, tes sentiments peuvent changer ! Peut-être que tu trouveras quelqu'un d'autre !
-Ce n'est pas ce que je veux Hassiba ! Pour moi, le premier amour est éternel...
Il y a un élu, pas deux...
Chez moi, c'est Tom ! Même si je deviens heureux avec quelqu'un d'autre, j'aurai toujours ces remords parce que celui que je voulais, c'était Tom ! Mais ça me rend tellement malheureux de le voir courir après toutes ces filles alors que je suis prêt à lui offrir tout ce qu'il souhaite !
-hm...
-Et voilà, je ne sais pas quoi faire...
-Je peux t'aider d'une quelconque manière ?
-Quand bien même tu voudrais m'aider, demain, tu vas partir à nouveau... Tout ce que je peux faire, c'est espérer que tu garderas ta langue dans ta poche...
Mais m'aider, je ne pense pas que tu puisses le faire.
-Je vois... »
Bill posa ses mains sur les miennes qui soutenaient encore ses joues.
« Ca me fait tellement peur pour ce qui va arriver à l'avenir !
- Je te jure que je ne dirai rien Bill !
-C'est facile à dire, maintenant que tu n'as que moi en face de toi. Mais le jour où tu te rendras compte que ce que tu sais vaut une fortune !
-Bill, j'ai aussi quelque chose à cacher...
-Si peu par rapport à moi ! Demain, tu vas partir, tu vas t'effacer, on ne se reverra plus parce que tu auras peur de moi, de ce que je suis capable...
-Non !
-...
-Tu es la seule personne qui connaît mes problèmes, qui est susceptible de m'aider. J'ai tout intérêt à te revoir ! »
Le beau brun me tourna la tête et se mit à mordre sa lèvre en pointant les yeux au plafond...
« Si je te donne mon numéro, j'aimerais qu'on garde contact. J'aurai besoin de quelqu'un à qui parler.
-Bien sûr ! Je pourrai même t'aider !
-En échange de quoi ?
-Ton soutien à toi pour me faire sortir de la drogue ! »
Nos regards se croisèrent à nouveau. On jouait quitte ou double dans cette conversation, et l'atmosphère pesante nous le faisait bien comprendre ! Bill enleva ses chaussettes et les étala à côté de lui d'un geste préoccupé.
Puis, il soupira et me tendit un morceau de papier qui scintillait dans le noir. A mon avis, il venait de le tirer de sa poche pour que ce dernier apparaisse à l'improviste !
« Tiens,...
Maintenant, pars...
J'ai besoin d'être seul ! »
Je m'exécutai sans broncher, tenant précieusement le morceau de papier chiffonné dans la paume de ma main. Un long soupir m'indiqua qu'il s'était laissé tomber sur le lit...
Je refermai la porte sur bien des choses.
Des secrets, des révélations lourdes que je ne soupçonnais pas avant d'entrer dans cette pièce.
Et là vous vous dites "Oh elle est vraiment trop gentille ! Mais horreur ! Comment pourrais-je la remercier ?"
J'ai la solution : laissez-lui une masse de commentaires ! (Qui a dit qu'il fallait se contenter d'un commentaire par personne ?) ;-)
Midian ► Je suis d'accord avec toi, cette relation spéciale qui les lie tous les deux à présent donne cet aspect interessant à la fiction, dans le sens où on a hâte de voir comment cela évoluera par la suite.
Et malheureusement en ce qui concerne sa moitié d'âme, c'est bien plus courant de trouver quelque chose qui s'y rapproche, qu'elle-même.
gaeldrielle ► Même chose que Midian, c'est cet aspect de dépendance l'un vers l'autre qui resort dans ce chapitre. Tu es optimiste, tu vois ça bénéfique, maintenant reste à voir si ça ne peut pas être un problème dans certains cas ...
Heureuse que la suite postée plus tôt te fasse plaisir ^-^
Arlette ► Hiii première fois que je réponds à un de tes commentaire ! Ca me fait plaisir de te voir ici aussi ! =) Effectivement si tu as rattrapé plusieurs chapitres en un coup ça te fait un grand bond dans l'histoire ! Mais tu n'as pas l'air déçue du déroulement des choses, et c'est tant mieux ! ;-)
Chris ► Mais évidemment que vous avez le droit à plusieurs commentaires par personne ! C'est même vivement conseillé, comme ça je m'amuse à y répondre et tout v_v.
Pour une qui ne voulais pas faire de tartine c'est raté XD. On peut dire que le monologue de Bill ne laisse personne indifférent =)
Et tu as mis le doigt sur quelque chose : Sokaia = il ou elle ? XD (En fait Sokaia est un ange, et les anges n'ont pas de sexe v_v)
Ouh et j'ai le droit à un compliment aussi, mais que c'est gentil ! ^-^ (Je parie que t'as même pas capté que c'était ma main sur la photo XD)
Chris ► Hiii 3ème commentaire, tu sais que je t'aime toi ? =D
J'adore ton "ta main, ta main, ou une main prise sur internet ?" XD Ben si c'est ma main c'est ma main quoi ! XD La mienne rien qu'à moi, photographiée par moi-même, avec mon appareil, on voit mon jean's, mon bout de papier, ect ... XD Comment ça j'ai de belles mains ? Un point commun avec Tom ... (et oui encore un qui se rajoute à cette liste interminable v_v, hum non personne ne peut avoir de plus belles mains que lui, hum c'est quoi ce monologue là XD)
Et cette fois ça ne sera plus une photo de ma main mais ... de ma tête ! (Haha dans vos rêves, non je mets la photo de Sokaia en fait v_v)
Avant qu'elle ne nous fasse une attaque : Ben non ! Ca a toujours un rapport avec l'histoire du chapitre tiens ! Quoi vous aviez pas remarqué ?! *Va se pendre* T_T